PAR Julien Levac
« C’est une des consciences agissantes de la société québécoise. »
-René Lévesque
Trois heures moins quart, par une journée, une des seules journées sans nuages sur Bruxelles, (enfin presque pas), je songe. Au centre de moi, ça se déchire : je vois la possibilité de bûcher ou bien de laisser aller les choses. Ces deux possibilités me semblent équivalentes : m’installer sur une plage et vivre paisiblement mon existence ou bien me lever tous les matins pour bûcher plus fort que la veille à promouvoir mes idéaux.
Aujourd’hui, il y a un vide qui m’entoure et me tortille les intestins. C’est à peu près la même émotion que lorsqu’on essaie de parler à une personne qui représente un modèle pour soi. On ne sait trop comment bouger, ni comment dire ce qu’on veut dire, ni comment cligner des yeux. Le débalancement est total : il faut savoir que celui qui est assis en face de nous va répondre, peu importe de la façon dont nous agissons. Il faut simplement faire de notre mieux. Si nous ratons, c’est dommage, mais si nous ne tentons rien, nous ne risquons aucun échec, mais assurément aucune victoire. Il faut y aller, tâcher de faire au meilleur de nos capacités. Alors, pourquoi ne pas tenter d’écrire l’article sur ma rencontre avec Pierre Vadeboncoeur, je sens que ça va me faire du bien.
Car de la puissance, il faut en avoir pour dire ce qu’on a découvert chez Vadeboncoeur. Déjà, à l’intérieur de ses textes, on est transporté. Au fond de nous-mêmes, de l’univers et du néant à la fois.
Ce Montréalais naquit en 1920. Il fit l’ensemble de ses études avec Pierre-Eliott Trudeau, de l’école primaire jusqu’à l’école de droit à l’Université de Montréal. Trudeau est un bon ami à cette époque. Vadeboncoeur a d’ailleurs écrit un article pour rétablir Trudeau, l’homme. Relativement aux méchancetés qu’un journaliste avait écrites au sujet de Trudeau, Vadeboncoeur voulait rétablir ce qu’était l’homme. Il a fait cela malgré le fait que l’idéologie de Trudeau était à l’opposé de la sienne. Il l’a fait pour rétablir la vérité qui ne doit jamais être substituée aux intérêts partisans. Une sagesse qui ne se présente que très rarement de nos jours. Selon Vadeboncoeur, Trudeau n’était pas pédant ni baveux, mais simple et agréable. Cependant, quand ce dernier devint politicien, son personnage se modifia, mais ce qu’avait été l’homme ne changea pas.
Durant ses études en droit, Vadeboncoeur vit une névrose qui perdurera durant la vingtaine. Il ressort de cette situation, au début de la trentaine, en commençant à travailler pour défendre le sort des travailleurs. De 1950 à 1975, il travaille au sein de la CSN en tant que conseiller syndical : une lutte sur le terrain pendant le duplessisme mérite un respect certain, une dignité. Durant cette époque, il représenta des travailleurs tout en négociant les conventions collectives. L’écriture commençait à le tirailler, à vouloir sortir de lui-même. Il commença parallèlement la rédaction de textes dans Cité libre et Le Devoir.
La lutte syndicale de l’époque était réelle, sa vie était réelle : possiblement que c’est ce réel qui manque de nos jours. Et puis, son désir profond de tenter de développer l’esprit critique de notre peuple, en avançant à travers les décombres d’une société mercantiliste qui ne s’en font guère parce que désormais, rien ne s’oppose à elle.
Son ardent désir de voir naître l’indépendance dans chacun de nous en tout temps est à la base de mon intérêt pour cet auteur. J’ai cependant trouvé la porte de sortie de la grotte dans laquelle je me terrais en approfondissant ma lecture. C’est principalement avec les écrits de cet auteur que j’ai découvert la profondeur de la réalité qui m’entoure, une quatrième dimension. Il s’agissait d’un passage de la politique à l’art, de la réalité à la fiction. Pas vraiment la fiction, mais la beauté qui surpasse la réalité en s’approchant du fictif.
Puis, après avoir écrit socialement, Vadeboncoeur traverse lui aussi vers le domaine littéraire, vers l’esthétique, la spiritualité et l’art. D’ailleurs, quand je lui expose mon incroyance, le penseur propose un lien entre un poème, son essence et la croyance. En effet, le sujet principal de « L’humanité improvisée » est l’essence du poème, comme d’un au-delà indescriptible à atteindre.
Sans savoir que Dieu agit en quelque lieu que ce soit, il voit de l’être au-dessus de nous. Le big-bang n’est que mécanique, matériel et le début de la croyance est l’autre, immatériel. C’est la même chose que dans le cas de l’art, la création émerveille, elle dépasse le mécanique. Toutefois, le penseur conserve son esprit critique et mentionne qu’il ne peut pas croire en des dogmes.
Durant sa vingtaine, « névrosé au bout, comme je l’étais, je vivais quand même ». Il ne planifiait pas, mais il vivait et c’est ce que je veux retenir de mon entretien. C’est ce qui doit me réveiller demain matin, trois ans après mon voyage en Belgique. Plus que le son de mon réveille-matin. Pierre Vadeboncoeur nous a quitté mais nous a laissé des textes d’une immense richesse en parcourant un ensemble de spectres. Cette quête de la raison, de l’indépendance et de la justice, elle est en moi... inscrite à jamais.
Merci Vadeboncoeur,
Julien Levac
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C'est dommage de découvrir quelqu'un après sa mort. Mais bon, si ça peut m'amener à le connaître, c'est peut-être mieux comme ça.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Vadeboncoeur
J'ai déjà hâte à ton prochain texte !